
Bonus de bienvenue, freebets, visages connus et promesses de gains : la publicité des opérateurs de paris sportifs fait partie du décor des 15-25 ans. Une nouvelle note de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), publiée le 19 octobre 2026, donne la parole à ces jeunes pour comprendre comment ils perçoivent ce marketing. Le constat est nuancé : ils ne sont pas dupes, mais ils restent tentés.
Une enquête qualitative auprès de 24 jeunes
La note, intitulée « Discours de jeunes (15-25 ans) sur le marketing en ligne des paris sportifs », est le numéro 173 de la collection Tendances. Elle est signée par Carine Mutatayi et Victor Mazy. Elle s’inscrit dans l’étude PProJeTIM (« Paris sportifs problématiques chez les jeunes : trajectoires, incitations, motivations »), financée par le Fonds de lutte contre les addictions, dont un premier volet était paru en juillet 2026.
Il ne s’agit pas d’un sondage. L’OFDT a mené des entretiens collectifs et individuels avec 24 jeunes, mineurs et majeurs. L’objectif n’est pas de mesurer une proportion, mais de comprendre comment ces adolescents et jeunes adultes reçoivent les messages publicitaires, et pourquoi certains finissent par miser.
Une pression publicitaire perçue partout
Premier enseignement : les participants décrivent une forte pression publicitaire, dans l’espace physique comme en ligne. Ils citent la télévision au moment des matchs, les panneaux dans les transports en commun, des affichages à proximité de lieux fréquentés par les adolescents et, bien sûr, Internet. Une partie de ces messages leur arrive de manière ciblée, notamment sur les réseaux sociaux.
Les réactions sont partagées. Certains disent ne pas y prêter attention. D’autres aimeraient y être moins exposés, d’autant qu’ils y voient parfois des promesses trompeuses. Une dépêche AFP reprise par L’Info Durable résume l’enjeu : la publicité entretient « l’illusion d’une pratique sans danger ». La même dépêche rappelle qu’un quart des adolescents de 17 ans déclarent déjà parier en ligne, alors que la loi l’interdit aux mineurs.
Bonus et freebets : le premier pari « sans risque »
Selon l’OFDT, les publicités reviennent souvent sur les gains et sur ce qu’ils permettent : un achat, un cadeau à un proche. Ce discours valorise le bénéfice potentiel et laisse les risques au second plan.
Les offres commerciales jouent un rôle central. Parmi les parieurs interrogés, beaucoup se disent attentifs aux bonus et aux freebets. Ces offres donnent le sentiment de pouvoir faire un premier pari sans perdre d’argent. Pour l’Observatoire, les offres de bienvenue mises en avant dans la publicité participent ainsi à la banalisation du pari. Certains jeunes disent d’ailleurs, avec le recul, une certaine amertume face à la crédulité dont ils ont fait preuve.
Le rôle des influenceurs
La note pointe aussi la place des créateurs de contenus. Les jeunes interrogés évoquent des contenus promotionnels créés par des influenceurs, et estiment que ces derniers participent eux aussi à faire du pari sportif une activité ordinaire.
Un message de prévention jugé peu efficace
Toutes les communications commerciales des opérateurs doivent comporter un avertissement sur les risques liés aux jeux d’argent et de hasard. Les participants l’ont bien repéré. Mais ils doutent de son efficacité : ils le décrivent comme répétitif et routinier, ce qui réduirait son impact.
Leur regard sur les opérateurs est sévère. D’après l’OFDT, ils ne croient pas que les opérateurs cherchent vraiment à aider ou à protéger les joueurs, et voient plutôt dans ces messages un moyen de se dédouaner de leur responsabilité. Ils s’étonnent aussi que les injonctions au « jeu responsable » fassent peser toute la responsabilité sur les joueurs.
Un marché en ligne qui continue de grossir
Ces témoignages sont publiés dans un marché en forte croissance. Dans sa note sur les jeux d’argent et de hasard en 2025, parue le 1er octobre, l’OFDT chiffre à 4,2 millions le nombre de personnes ayant misé de l’argent en ligne en 2025 (paris sportifs, paris hippiques ou poker), contre 3,87 millions en 2024, soit une hausse de 7,6 %.
Les paris sportifs en ligne mènent la danse : leur produit brut des jeux progresse de 10,4 % et le nombre de parieurs sportifs de 8,6 %. À l’inverse, les paris sportifs en point de vente reculent de 9,7 %, parce que la pratique se numérise. Tous jeux confondus, le produit brut des jeux atteint 14,1 milliards d’euros en France en 2025, et la dépense annuelle moyenne par personne majeure passe de 253 € à 259 €.
Ce que cela change pour les parieurs
Ces travaux ne modifient pas encore la réglementation. Ils apportent toutefois des arguments au débat sur l’encadrement des offres promotionnelles et de la publicité ciblée en ligne. Pour un parieur, jeune ou non, l’enseignement est simple : un bonus ou un freebet reste un outil d’acquisition, conçu pour faire jouer davantage. Il faut lire les conditions de mise et fixer ses limites de dépôt avant de jouer, sans compter sur le bandeau d’avertissement.
Si le jeu devient un souci, pour vous ou pour un proche, le service public Joueurs Info Service propose écoute et orientation, de façon anonyme. Pour aller plus loin, le communiqué de l’OFDT renvoie vers la note complète, téléchargeable gratuitement.
