
Le Ballon d’or 2026 a couronné Harry Kane le 26 octobre à Londres, devant Kylian Mbappé et Lamine Yamal. Mais depuis la cérémonie, ce n’est pas seulement le palmarès qui fait parler. Une série de paris placés sur la plateforme de prédiction Polymarket, qui avaient annoncé le classement exact du top 5, soulève des soupçons de délit d’initié. L’affaire illustre aussi, très concrètement, ce qui sépare un opérateur agréé en France d’un site de marchés prédictifs installé à l’étranger.
Douze comptes neufs et un top 5 parfait
Tout part d’une enquête du groupe Upside, spécialisé dans l’analyse des marchés prédictifs, publiée trois jours avant la remise du trophée. Selon Sud Radio, douze comptes Polymarket créés entre le 1er et le 20 octobre ont misé 264 000 dollars sur les marchés liés au Ballon d’or.
Tous jouaient le même scénario : Harry Kane vainqueur, Kylian Mbappé deuxième, Lamine Yamal troisième, Rodri quatrième et Lionel Messi cinquième. C’est exactement le classement dévoilé le soir de la cérémonie.
Les habitudes de ces comptes intriguent autant que le résultat. Sept d’entre eux n’avaient parié sur aucun autre événement. Six ont placé leurs mises dans le quart d’heure suivant leur création, avant de ne plus jamais revenir sur la plateforme.
Un gain élevé pour un risque disproportionné
Interrogé par RMC Sport, Raphaël Pautard, cofondateur et PDG d’Upside Groupe, explique que ce sont d’abord les montants qui ont alerté ses équipes, puis la manière de jouer. D’après le média, ces comptes auraient dégagé un bénéfice de près de 180 000 euros, soit environ 200 000 dollars, sans un seul pari perdant.
Le raisonnement des analystes tient en une idée simple. Miser sur la victoire de Kane était déjà un pari raisonnable. Jouer en plus les places exactes de Mbappé et de Yamal multipliait le risque pour un supplément de gain que RMC Sport situe entre 20 et 30 %. Pour un parieur qui ne sait rien de plus que le public, le jeu n’en valait pas la chandelle, résume Raphaël Pautard.
Des achats réglés comme une horloge
Upside relève aussi une régularité troublante dans les transactions. Les comptes achetaient leurs parts presque en même temps, à intervalles réguliers, depuis un fuseau horaire européen. L’expert y voit la trace d’une seule personne qui se déconnectait, changeait de compte et repartait sur un autre scénario, « comme s’il y avait un protocole ».
Des cotes qui basculent dès le 9 octobre
Les mouvements de cotes renforcent les questions. Sur le marché qui opposait Mbappé et Yamal, le joueur du Barça était donné devant le Français avec une probabilité de 80 à 90 % jusqu’au 8 octobre, rapporte Sud Radio. Le lendemain, cette probabilité tombait à 55 %, puis à 28 % le 22 octobre, pendant que les chances de Kane grimpaient.
Aucune fuite prouvée à ce stade
Il faut rester prudent. Rien ne démontre aujourd’hui qu’une information confidentielle a réellement circulé. Les marchés étaient ouverts à tous, et des rumeurs ou de simples anticipations peuvent aussi expliquer une bascule des cotes. RMC Sport juge d’ailleurs l’hypothèse d’une fuite sur le top 5 possible mais assez peu probable.
Du côté de France Football, organisateur du trophée, on ne commente pas tant que le vrai n’est pas séparé du faux. Le magazine pourrait engager des poursuites si une fraude était établie, selon RMC Sport, mais la démarche s’annonce compliquée.
Pourquoi l’enquête risque de piétiner
La difficulté tient au fonctionnement même de Polymarket. Depuis mars 2026, son règlement interdit de miser à partir d’informations obtenues auprès d’une personne tenue au secret. Mais la plateforme ne réclame aucune pièce d’identité à ses utilisateurs, et rien ne permet d’affirmer avec certitude que les douze comptes appartiennent à la même personne.
Se pose ensuite la question du droit applicable. Polymarket est basée aux États-Unis, alors que les comptes suspects semblent opérer depuis l’Europe. Raphaël Pautard rappelle sur RMC Sport que tant que les fonds restent en cryptomonnaie et ne repassent pas par une plateforme centralisée pour être convertis en euros ou en dollars, les parieurs resteront difficiles à identifier. Les mouvements des douze comptes restent toutefois traçables, ce qui pourrait permettre de remonter jusqu’à leur auteur le jour où il voudra encaisser.
Une plateforme interdite en France
Pour les joueurs français, l’affaire rappelle un point essentiel : Polymarket n’est pas autorisée en France. L’Autorité nationale des jeux a ordonné son blocage, et y accéder suppose de contourner l’interdiction avec un VPN. Un parieur qui s’y aventure ne bénéficie donc d’aucune des protections prévues par la réglementation française.
C’est là toute la différence avec les sites de paris sportifs agréés. Comme le souligne RMC Sport, ces opérateurs vérifient l’identité de leurs clients, ce qui rend beaucoup plus difficile la multiplication de comptes anonymes observée sur le Ballon d’or. La liste des opérateurs autorisés est publiée et tenue à jour par l’ANJ.
Un précédent qui dépasse le football
Le Ballon d’or n’est pas le premier événement à valoir à Polymarket des soupçons de ce type. Sud Radio rappelle qu’en janvier 2026, un utilisateur avait empoché plus de 400 000 dollars en pariant sur la chute du président vénézuélien Nicolás Maduro, quelques heures avant sa capture. Le Congrès américain a ouvert en mai 2026 une enquête sur les pratiques de Polymarket et de sa concurrente Kalshi, notamment sur leurs outils de détection des opérations suspectes.
Pour le parieur, la leçon est claire. Une cote qui bouge brutalement n’est pas toujours le signe d’une bonne affaire. Elle peut aussi refléter une information que vous n’avez pas. Sur un marché où personne ne vérifie qui joue, cet écart d’information devient un risque à part entière. Jouer chez un opérateur agréé, fixer un budget à l’avance et ne jamais miser plus que ce que l’on peut perdre restent les meilleures protections.
